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Faut-il se préparer à pouvoir payer ses employés en Bitcoin ?

Que faire si un employé vous demande demain de recevoir son salaire en BTC (Bitcoin), en ETH (Ethereum) ou autre cryptomonnaie ? Peut-on négliger une telle demande au risque qu’il puisse avoir envie de rejoindre une start up qu’il juge plus en phase avec son époque ? Ou bien se préparer à intégrer cette mutation ? Pas si simple, d’autant que la France accuse un certain retard dans son appréhension légale du phénomène.

La tendance pourrait paraître imperceptible mais elle existe. Un nombre croissant d’employés demandent aujourd’hui à recevoir leur salaire en Bitcoin.

Quelques exemples :

  • Dès la rentrée 2021, le Salvador a proposé à ses citoyens d’utiliser le Bitcoin comme alternative à la monnaie nationale. Depuis, un bon cinquième de la population utilise couramment ce moyen de paiement.
  • Des stars du football telles que Aaron Rodgers et Odell Beckham Jr ont demandé à toucher une partie de leur salaire en BTC.
  • Le salaire de deux maires de grandes villes américaines, Miami et New-York, respectivement Francis Suarez et Eric Adams, est versé en tout ou partie en Bitcoin – dans le cas de Eric Adams, c’est ce dernier qui assure la conversion de son salaire vers cette monnaie car la ville de New-York ne permet pas encore ce type de paiement.
  • Les 270 employés d’une société comme Exodus ont choisi de toucher leurs revenus en cryptomonnaie. Certes nous avons là une entreprise qui opère dans ce domaine, mais l’adoption de ce type de salaire montre que la chose est non seulement possible mais potentiellement attrayante.

 

Nous pourrions citer maints autres cas de figure. L’important ici est qu’un cap a été franchi. Bitcoin est devenu un type de rémunération qu’il faut prendre en compte.

 

Le choix de la jeune génération

Un article publié par le site du Nasdaq(1) a fait grand bruit à ce sujet. Il faisait référence à une enquête menée aux USA par Devere Group et il a révélé ceci : plus d’un tiers de ceux qui sont nés entre le début des années 80 et la fin des années 90 (la génération Y), et la moitié de ceux qui sont nés depuis 1997 (la génération Z) apprécieraient de recevoir 50% de leur salaire en Bitcoin et/ou autre cryptomonnaie. La même enquête montre que ces mêmes populations se sentent à l’aise avec ces nouveaux outils monétaires.

Alors, clairement, nous avons là une tendance qui ne va pas manquer de toucher l’Europe.

 

De l’intérêt d’obtenir un salaire en Bitcoin

Si l’on se contente d’entendre les informations relatives au secteur de la cryptomonnaie, on pourrait aisément s’interroger sur le bien fondé d’un tel choix car il est clair que ce secteur ne brille par sa stabilité. Ainsi le Bitcoin s’approchait des 60 000 euros en novembre 2021. Il se situe aux alentours de 30 000 euros à la mi mai 2022. Et les affres qu’a connus la monnaie Terra peuvent engendre des inquiétudes. Ainsi donc, à première vue, celui qui a touché un salaire en Bitcoin en novembre a perdu bien de l’argent.

En réalité, si l’on souhaite comprendre l’intérêt du BTC, il faut regarder cette monnaie sur le très long terme. A son démarrage en 2009, 1 BTC ne valait qu’un millième de dollar. Alors, s’il vaut environ 30 000 dollars aujourd’hui, il est clair que nous avons une progression record, et l’on peinerait à trouver le moindre investissement capable de rivaliser avec les performances du BTC. Que faut-il en retenir ? Tout simplement que le Bitcoin est un investissement qui ne cesse de progresser sur le très long terme. Il accuse certes des hauts et des bas. Mais très régulièrement, son cours franchit de nouveaux paliers.

 

Comment faire avec la volatilité de Bitcoin ?

Pour certains employés, tels ceux de la société Exodus, cette volatilité de Bitcoin peut tout de même poser problème. L’une des employées a d’ailleurs confié ceci au site Morningbrew(2) : elle convertit 90% de sa paye depuis le Bitcoin vers les dollars et ne garde donc que 1/10ème dans son wallet. Il est pourtant raisonnable de penser que ce dixième pourrait représenter une valeur énorme d’ici quelques années, autorisant l’achat d’une maison ou le lancement d’une start-up.

 

Quid du droit français ?

Alors faut-il proposer de payer les salaires en Bitcoins en vue d’attirer quelques ingénieurs tentés par la chose ? Dans certains pays, une telle proposition serait particulièrement bien vue. Ainsi, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse pratiquent – parfois sous certaines conditions telle qu’une durée de détention minimale - une taxation égale à 0 % sur les plus-values réalisées dans les cryptomonnaies.

En France, il reste un écueil à franchir et il est de taille : contrairement à des pays comme le Japon, les USA ou la Nouvelle Zélande, le Code du Travail n’autorise le versement d’un salaire que dans une monnaie ayant un cours légal. Et l’imposition pratiquée localement – 30% d’imposition sur les plus-values – pourrait décourager plus d’un employé tenté par cette mutation.

Il reste que les lois évoluent et que l’Europe comme la France est en train de faire évoluer leur législation en la matière et qu’un paiement en cryptomonnaie pourrait donc devenir séduisant dans les mois ou années à venir. Une affaire à suivre, donc.

 


(1) Survey Shows Some Millennials Prefer to Be Paid in Crypto

(2) So, you want to take your paycheck in bitcoin?